By Adam Dicko
Dans un monde où la majorité des jeunes naviguent quotidiennement sur Internet et sur les réseaux sociaux, ces plateformes offrent un potentiel considérable pour la sensibilisation à la santé sexuelle et reproductive (SDSR). Elles permettent d’atteindre des publics divers, de diffuser des messages éducatifs, de briser les tabous et de promouvoir des comportements responsables. Cependant, leur utilisation comporte également de nombreux défis : circulation de fausses informations, harcèlement en ligne, méconnaissance des enjeux, ou encore stigmatisation.
Cet article explore comment exploiter efficacement ces outils tout en relevant ces défis, à travers l’exemple de l’ONG malienne AJCAD Mali et d’autres stratégies innovantes. Nous mettrons en lumière les bonnes pratiques, les enjeux et les solutions pour faire du numérique un levier de changement positif pour la jeunesse.
Les statistiques montrent que plus de 90 % des adolescent.e.s dans le monde utilisent quotidiennement Internet, principalement via leur smartphone. Les réseaux sociaux tels que TikTok, Instagram, Snapchat ou Facebook sont devenus des espaces de socialisation, d’échange et d’apprentissage.
Les contenus diffusés peuvent atteindre rapidement des millions de jeunes à travers le globe, créant des campagnes virales, des défis ou des témoignages qui renforcent l’engagement.
Le numérique offre également la possibilité de créer des contenus locaux, en plusieurs langues, intégrant des références culturelles, ce qui facilite leur acceptation et leur impact.
De plus, cette plateforme permet une interactivité accrue : les jeunes peuvent poser leurs questions de façon anonyme, participer à des quiz, partager leurs expériences, renforçant ainsi leur implication et leur apprentissage.
L’ONG malienne AJCAD Mali (www.ajcadmali.org) exploite activement les réseaux sociaux pour sensibiliser la jeunesse malienne à la SSR. Ses actions incluent :
En moins de trois ans, AJCAD Mali a touché plus de 100 000 jeunes, améliorant leur connaissance des méthodes contraceptives, réduisant les tabous et encourageant l’utilisation des services de santé.
L’adaptation culturelle, l’engagement participatif et la collaboration avec des influenceurs locaux ont été des clés de son succès. La complémentarité entre numérique et actions communautaires a ainsi renforcé son impact.
Malgré ses opportunités, l’utilisation des réseaux sociaux dans ce domaine rencontre plusieurs obstacles importants :
La circulation de fausses informations : mythes, idées reçues ou théories du complot peuvent nuire à la santé et à la sécurité des jeunes. Au Mali, par exemple, des messages affirmant que la contraception provoque la stérilité circulent largement, dissuadant certains d’y recourir.
Le harcèlement et la cyberintimidation: les jeunes qui cherchent des informations ou s’expriment en ligne peuvent être victimes de moqueries ou de violences verbales, ce qui dissuade leur participation ou leur recherche d’aide.
L’ignorance face à la fiabilité des contenus : certains jeunes ne savent pas comment distinguer une information fiable d’une fausse ou comment signaler et se protéger contre le harcèlement.
La stigmatisation : parler ouvertement de SDSR peut exposer certains jeunes à des sanctions sociales ou familiales, créant une méfiance face aux contenus en ligne.
La fracture numérique : tous n’ont pas un accès égal au numérique, notamment dans les zones rurales, les régions défavorisées ou pour les personnes en situation de handicap.
Pour faire face à ces enjeux, plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre. Telles que :
La vérification des informations : promouvoir l’esprit critique des jeunes en leur enseignant comment vérifier la crédibilité des sources ; collaborer avec des professionnels de santé pour produire des contenus fiables ; utiliser des plateformes de fact-checking intégrées aux campagnes.
L’éducation à la citoyenneté numérique : sensibiliser aux bonnes pratiques, au respect et à la gestion des conflits en ligne ; assurer une modération rigoureuse sur les pages et groupes ; mettre en place des mécanismes simples pour signaler le harcèlement ou les contenus inappropriés.
La formation et sensibilisation : organiser des ateliers pour développer l’esprit critique face aux contenus numériques, former des jeunes influenceurs ou pairs pour diffuser des messages crédibles, tout en garantissant la confidentialité et la sécurité des échanges.
Les contenus inclusifs et témoignages positifs : produire des messages respectueux de la diversité des identités et orientations, valoriser des histoires de jeunes ayant surmonté les tabous ou discriminations.
Les partenariats communautaires : impliquer les leaders locaux, religieux ou culturels pour soutenir la campagne.
L’approche multicanal : combiner médias numériques et traditionnels (radio, affiches) pour atteindre tous les publics.
Le renforcement des compétences numériques : offrir des formations pour améliorer les compétences digitales des jeunes, notamment dans les zones défavorisées, et faciliter leur accès à Internet via des partenariats avec des opérateurs.
L’approche d’AJCAD Mali illustre comment relever ces défis :
Ces stratégies, combinées à une approche éthique, ont permis à AJCAD Mali d’atteindre ses objectifs tout en gérant efficacement les risques liés aux fausses informations, au harcèlement et à la méconnaissance.
Pour renforcer ces actions, il est essentiel de :
Pour conclure, les réseaux sociaux et le numérique constituent des outils puissants pour transformer la sensibilisation à la SDSR des jeunes. Leur succès dépend toutefois de la capacité des acteurs à relever les nombreux défis qu’ils posent : fake news, harcèlement, méconnaissance et stigmatisation. En adoptant une démarche responsable, inclusive et innovante, il est possible de faire du numérique un véritable levier pour une jeunesse mieux informée et plus saine.
Fondée en 2014, l’Association des Jeunes pour la Citoyenneté Active et la Démocratie (AJCAD) est née de la détermination de jeunes engagés au Mali. Ces membres fondateurs sont des activistes passionnés, fortement impliqués dans la promotion des jeunes à travers divers domaines tels que la santé sexuelle, la gouvernance, le plaidoyer et les droits associés. AJCAD se distingue par son approche innovante visant à renforcer la citoyenneté active et à instaurer un État de Droit solide dans le pays.