De Marie-José Barbalat, Christelle Badino Brás et Anita Mattei
Les dons de médicaments non utilisés (MNU) vers les pays à ressources limitées sont souvent perçus par le public comme des gestes de solidarité, visant à aider les populations vulnérables. Cependant, cette pratique, bien que motivée par des intentions généreuses, comporte de nombreux risques qui ne sont pas toujours pris en compte. En effet, le don de MNU peut engendrer des conséquences graves en matière de santé publique, mais aussi sur le plan économique et écologique.
Le médicament n’est pas un produit anodin. Utilisé dans de mauvaises conditions, il représente des risques pour la santé. C’est l’une des raisons pour laquelle le don de médicaments non utilisés (MNU) n’est pas recommandé. Pharmaciens Sans Frontières Suisse souhaite mettre en garde le public et les professionnels contre les dangers et les conséquences imprévus de l’envoi de médicaments non utilisés (MNU) vers les pays à ressources limitées. « Bien que motivée par des intentions généreuses, cette pratique présente plusieurs risques, tant sur le plan sanitaire qu’économique » explique Marie-José Barbalat, présidente de PSF Suisse.
« Bien que motivée par des intentions généreuses, cette pratique présente plusieurs risques, tant sur le plan sanitaire qu’économique ». Marie-José Barbalat, présidente de PSF Suisse
Les conditions de transport et de stockage des MNU ne garantissent pas le maintien de la qualité initiale des produits. En raison de la variabilité de ces conditions, les médicaments peuvent perdre en efficacité, augmentant ainsi les risques pour les patients locaux.
Une grande partie des MNU envoyés sont soit déjà périmés, soit proches de la date d'expiration. Utiliser de tels médicaments peut entraîner une baisse des réponses thérapeutiques avec dans certains cas, des conséquences graves pour la santé.
Les pays récepteurs ont souvent des profils épidémiologiques et des besoins spécifiques différents de ceux des pays donateurs. De nombreux MNU envoyés ne sont donc pas adaptés aux besoins réels des populations, que ce soit en situation de crise ou dans le cadre de projets de développement.
Souvent, les emballages de MNU portent des noms commerciaux inconnus dans les pays destinataires. De plus, les notices explicatives sont rédigées dans des langues étrangères que le personnel médical local ne maîtrise pas, augmentant le risque de mauvaise utilisation.
L’introduction de MNU dans les pays à ressources limitées peut perturber les circuits économiques locaux, en particulier lorsque ces médicaments concurrencent ceux produits localement ou importés légalement, exacerbant ainsi les déséquilibres économiques.
« L’élimination des médicaments périmés est un défi, en raison notamment du manque de personnel et de la lourdeur du processus administratif. Cela met en évidence la nécessité d'une gestion rigoureuse des stocks pour limiter l’accumulation de médicaments expirés. » Anita Mattei, pharmacienne volontaire pour PSF Suisse en Tanzanie
Le tri, le stockage et l’élimination des MNU non adaptés et/ou périmés entraînent des dépenses importantes pour les pays récepteurs, souvent dépassant la valeur des médicaments eux-mêmes. De plus, cette gestion chronophage des MNUs affecte les efforts d’urgence, réduisant l'efficacité des services sur le terrain.
Pour ces raisons et en accord avec les directives de l’OMS en matière de dons de médicaments, PSF Suisse, comme de nombreuses organisation non gouvernementales actives dans le domaine de la santé, ne travaille pas avec des MNU.
En Suisse, les MNU peuvent être retournés en pharmacie pour une élimination sûre pour la santé et l’environnement. Il n’en va pas de même dans les pays à ressources limitées. En Tanzanie, par exemple, le processus d’élimination des MNU, à la fois long et complexe, vise à prévenir à la fois leur revente sur le marché noir et la pollution qu’une mauvaise élimination peut générer. Anita Mattei, pharmacienne volontaire pour PSF Suisse en Tanzanie, explique que « l’élimination des médicaments périmés est un défi, en raison notamment du manque de personnel et de la lourdeur du processus administratif. Cela met en évidence la nécessité d'une gestion rigoureuse des stocks pour limiter l’accumulation de médicaments expirés. »
« En soutenant des ONG compétentes et expérimentées, les donateurs s’assurent que leur aide est utilisée de manière responsable et qu’elle a un impact positif sur le long terme. » Christelle Badino Brás, coordinatrice de PSF Suisse
Plutôt que d’envoyer des MNU sur le terrain, PSF Suisse recommande d’investir dans l’achat de médicaments auprès de fournisseurs locaux fiables. Cette démarche garantit la qualité des traitements tout en soutenant l’économie locale et en contribuant à la mise en place de systèmes de santé durables.
Il est crucial de soutenir financièrement les ONG suisses qui travaillent sur le terrain, comme PSF Suisse, afin qu’elles puissent continuer à fournir des solutions efficaces et adaptées. Les fonds leur permettent de développer des partenariats avec des acteurs locaux, d’acheter des médicaments essentiels, et d’améliorer les infrastructures de santé. « En soutenant des ONG compétentes et expérimentées, les donateurs s’assurent que leur aide est utilisée de manière responsable et qu’elle a un impact positif sur le long terme. » conclut Christelle Badino Brás, coordinatrice de PSF Suisse.
Un soutien financier régulier renforce les capacités des ONG à intervenir rapidement et efficacement, tout en permettant de construire des systèmes de santé résilients qui continueront à fonctionner une fois les crises passées.