Défis et enjeux de la survie des peuples autochtones face aux changements climatiques
Habitat Baka le long de la route. Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project

Peuples autochtones face aux changements climatiques

La forêt du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical après la forêt de l’Amazonie, est le milieu naturel de vie des groupes nomades de forêt tels que les Baka, Aka et autres qui y vivaient en parfaite harmonie.

La faible pression démographique, l'accès difficile et le manque d’infrastructures ont permis de protéger son couvert forestier pendant une longue période.

Mais ces dernières années, en raison de la surexploitation du bois, par les entreprises étrangères, la déforestation est importante. A cela s’ajoute la pratique de culture sur brûlis et l’extension des terres agricoles. De plus, l’augmentation de la pression démographique entraîne une demande accrue en produits agricoles et en bois de feu prélevés au détriment du couvert forestier. Les dégâts sont écologiques avec la diminution de la biodiversité.

Au Cameroun, les Baka sont contraints de quitter leur habitat naturel et de s’installer au bord des routes au profit de la déforestation.

A l’échelle mondiale, l’espérance de vie des peuples autochtones peut être de 20 ans inférieure à celle du reste de la population (UNDP, 2021).​​​ Leur profil épidémiologique est souvent dominé par la malnutrition, le paludisme, les maladies tropicales négligées (MTN) et les maladies zoonotiques telles que l’Ebola.

Le mode de vie traditionnel des peuples autochtones tend à ce jour à disparaître. Ils se soignaient gratuitement en grande majorité avec les feuilles, écorces et autres fruits des arbres. Mais en vingt ans, près de la moitié de leur forêt a disparu. La perte accélérée de la pharmacopée traditionnelle augmente leur fragilité face aux maladies. Le gibier, principale source de protéine se rarifie à cause du braconnage et la création des réserves zooniques.

A l’échelle mondiale, l’espérance de vie des peuples autochtones peut être de 20 ans inférieure à celle du reste de la population (UNDP, 2021).

Leur profil épidémiologique est souvent dominé par la malnutrition, le paludisme, les maladies tropicales négligées (MTN) et les maladies zoonotiques telles que l’Ebola dont des épidémies ont déjà été signalées dans le bassin forestier du Congo, notamment en République Démocratique du Congo, en République du Congo et au Gabon.

Le Cameroun et la République Centrafricaine sont jusque-là épargnés pour des raisons inconnues. Pourtant, une évaluation portant sur les déterminants de la transmission de la maladie à virus Ebola dans la communauté Baka au Cameroun a montré que les participant∙e∙s avaient généralement une mauvaise connaissance de cette maladie et étaient exposés à un risque élevé d'infection (F.S.Wirsiy, et al., 2021).

Les maladies tropicales négligées en particulier sont un signe de pauvreté́́ et d'exclusion, leur corrélation avec la pauvreté́́ est si étroite qu’elles sont parfois qualifiées de « maladies des populations négligées ».

La transmission de certaines maladies est rythmée par les variations du climat à l’instar du pian en période pluvieuse et la leishmaniose en saison sèche. Dans l’ensemble les changements climatiques couplés aux actions anthropiques menacent la disparition lente et progressive des peuples autochtones.

Les effets du changement climatique et des actions anthropiques sur la santé des populations autochtones sonnent auprès de FAIRMED comme un cri de désespoir des populations qui luttent pour leur survie.
Problème d’accessibilité dans les villages des peuples autochtones. Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project<br>
Problème d’accessibilité dans les villages des peuples autochtones. Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project

Les ONG humanitaires suisses face aux défis de l’impact sanitaire du changement climatique : cas de FAIRMED

Les effets du changement climatique et des actions anthropiques sur la santé des populations autochtones sonnent auprès de FAIRMED comme un cri de désespoir des populations qui luttent pour leur survie. Aussi FAIRMED multiplie des interventions sur le terrain pour renforcer les efforts des gouvernements dans l’accès aux soins des plus démunies à partir de la lutte contre les maladies tropicales négligées comme porte d’entrée. On peut citer :

  • Le projet Seni na Siriri qui a pour but de contribuer à l'amélioration de l'état socio-sanitaire des populations les plus démunies de la Lobaye, en République centrafricaine.
  • Le projet Sangha Mbaere (République centrafriciane) qui a pour but de contribuer à l'amélioration de la qualité de vie des populations les plus démunies et marginalisées (Aka, Peulh, personnes en situation de handicap, Bantous pauvres et personnes laissées pour compte) à travers une approche inclusive, participative et sensible aux conflits.
  • Le projet Baka au Cameroun qui vise la réduction du fardeau des maladies tropicales négligées, ainsi que les barrières financières permettant l’accès aux soins des Baka.

Chacun de ces projets touche au moins 5 maladies tropicales négligées (MTN) parmi les 20 de la liste de l’OMS.

Il est fort de constater qu’en dehors de la lèpre et du pian, toutes les autres maladies tropicales négligées de la peau notamment l’ulcère de Buruli, la leishmaniose, la Tungose (les chiques), la rage, les morsure et envenimations ne relèvent pas seulement de la santé humaine. Elles nécessitent une approche globale pour leur prise en charge.

Une campagne de traitement à l’azithromycine dans un campement. Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project
Une campagne de traitement à l’azithromycine dans un campement. Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project

Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), environ 60 % des maladies infectieuses chez l’homme sont zoonotiques, c’est à dire qu’elles sont transmissibles entre l’animal et l’homme, et 75 % des infections humaines émergentes comme Ébola ou la grippe sont d’origine animale (Danuser J., et al., 2017).

La situation actuelle montre bien que des disciplines telles que la médecine humaine et vétérinaire, mais aussi la biologie, l’écologie, l’économie ou les sciences sociales doivent travailler ensemble pour répondre à ces problématiques de santé. One Health apparait à l’heure actuelle comme la seule approche interdisciplinaire permettant de faire face à ces enjeux majeurs de santé.

Pour s’arrimer à cette nouvelle donne, FAIRMED prend en compte l’approche One Health dans ses stratégies opérationnelles. Dans ce contexte, la nouvelle génération des projets MTN par l’Organisation de Coordination pour la lutte contre les Endémies en Afrique centrale s’appuiera sur cette approche.

Selon l‘OMS, de plus en plus de preuves suggèrent que la dynamique des MTN devient moins prévisible, même sur des échelles de temps plus courtes. Il est donc important pour les partenaires de réviser et affiner les systèmes de surveillance et les stratégies d’intervention existants afin d'atténuer efficacement ou de s'adapter aux effets immédiats, à court terme et à long terme du changement climatique (OMS 2023).

La situation actuelle montre bien que des disciplines telles que la médecine humaine et vétérinaire, mais aussi la biologie, l’écologie, l’économie ou les sciences sociales doivent travailler ensemble pour répondre à ces problématiques de santé. One Health apparait à l’heure actuelle comme la seule approche interdisciplinaire permettant de faire face à ces enjeux majeurs de santé.

Au vu de la menace du changement climatique sur l’existence de l’humanité en général et les peuples autochtones en particulier et ce qui est dit plus haut, les actions de FAIRMED sont-elles suffisantes pour une réponse adéquate et appropriée à l’impact sanitaire du réchauffement climatique. En d’autres termes, FAIRMED doit-elle rejoindre la lutte contre le réchauffement climatique ? Cette question trouve sa justification dans la valeur ajoutée réelle de l’action de FAIRMED face à cette menace. Les populations mentionnées ci-dessus subissent durement les effets du changement climatique comme :

  • L’insécurité alimentaire ;
  • La perte des valeurs traditionnelles ;
  • L’apparition et la multiplication des épidémies dues aux zoonoses.

Il s’agit là des problèmes réellement vécus et qui font partie par ailleurs des déterminants sociaux de la santé qui sont très importants dans la stratégie de FAIRMED.

Les maladies tropicales négligées quoique faisant partie du profil épidémiologique de cette communauté, constituent une faible menace pour son existence. Elles pourraient cependant rester une porte d’entrée à l’action de FAIRMED.

Jeunesse Aka en République Centrafricaine : quel avenir ? Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project<br>
Jeunesse Aka en République Centrafricaine : quel avenir ? Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project
Les pays fragiles d’Afrique et ceux du bassin forestier du Congo en particulier payent le plus lourd tribut face aux effets du réchauffement climatique.

Que peuvent attendre les peuples autochtones des pays du bassin du Congo victimes des effets du changement climatique auprès de la Suisse ?

Même si la Suisse possède déjà une bonne politique de lutte pour les changements climatiques, les effets du changement climatique dans d’autres régions du monde devront être pris en compte, car la Suisse, en tant qu’émettrice de gaz à effet de serre, a sa part de responsabilité.

Les pays fragiles d’Afrique et ceux du bassin forestier du Congo en particulier payent le plus lourd tribut face aux effets du réchauffement climatique.

Dans la lutte contre la charge de morbidité liée au changement climatique, il est impératif de tenir compte de la justice et de l’équité. Les premiers responsables des émissions devraient supporter les coûts les plus élevés en matière d’atténuation et d’adaptation, et l’accent devrait être mis sur l’équité en matière de santé et la priorité à accorder aux populations en situation de vulnérabilité.

La Suisse en tant que pôle diplomatique doit d’avantage faire la promotion du droit à la santé et en être l’un des fervent défenseur. En effet, le droit à la santé signifie que chaque être humain a le droit de venir au monde et d’y grandir, de travailler et de vieillir sans que sa santé ne soit mise en danger par des actions influencées par l’homme ou par des circonstances influençables par des hommes. De toute évidence ce droit à la santé n’est pas encore garanti en particulier pour les groupes en situation de vulnérabilité parmi lesquels les peuples autochtones.

La Suisse a une grande expérience dans le domaine du One Health. Elle devrait donc promouvoir cette approche pour améliorer la prévention, la préparation et la réponse aux futures épidémies et pandémies au niveau international. Encourager et renforcer les capacités de ses partenaires à s’investir davantage dans cette approche.

La Suisse a une grande expérience dans le domaine du One Health. Elle devrait donc promouvoir cette approche pour améliorer la prévention, la préparation et la réponse aux futures épidémies et pandémies au niveau international.
Une campagne de santé dans une communauté de peuple autochtone à Mindjoukou au Congo. Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project<br>
Une campagne de santé dans une communauté de peuple autochtone à Mindjoukou au Congo. Photo: © FAIRMED Cameroun - OCEAC project

La responsabilité de la communauté internationale

Le débat sur le réchauffement climatique prend progressivement aussi de l'ampleur en Afrique. Selon les experts, les défis que connaît ce continent, avec la faiblesse de ses systèmes de santé et la pauvreté le rendront vulnérable à ce phénomène. Il incombe donc aux partenaires internationaux d’aider les pays les plus vulnérables d’une part de s’adapter aux effets du changement climatique et d’autre part à construire des systèmes de santé résilients.

Les ONGs humanitaires sur le terrain devraient d’avantage s’impliquer et lutter contre cette menace en réadaptant aussi leur soutien. Comme dit un proverbe africain « une seule main ne peut attacher un paquet ». Ainsi, c’est à travers la collaboration que la situation peut s’améliorer.


References
Alphonse Um Boock
Dr. Alphonse Um Boock est un médecin camerounais titulaire d'un master en santé publique. Il est conseiller technique principal auprès de FAIRMED, une fondation suisse qui s'occupe de la santé des personnes touchées par la pauvreté en Afrique et en Asie, avec un accent particulier sur les maladies tropicales négligées. Il a plus de 15 ans d'expérience dans la recherche et la prise en charge des maladies infectieuses et en particulier des maladies tropicales négligées. En outre, le Dr Um Boock est membre du groupe consultatif technique (TAG) sur l'ulcère de Buruli à l'OMS à Genève depuis 2008 et membre du groupe de travail sur le suivi, l'évaluation et la recherche (WGMER) sur les maladies tropicales négligées, OMS AFRO. Il a apporté un soutien technique et stratégique aux programmes de lutte contre les maladies tropicales négligées dans plusieurs pays, dont le Cameroun, le Congo, la RCA, la Côte d'Ivoire, le Gabon, le Tchad et le Nigeria. En 2008, le Swiss TPH lui a décerné le prix Rudolf-Geigy pour ses réalisations exceptionnelles dans les domaines de la santé publique, de la recherche en santé et de la lutte contre les maladies négligées en Afrique. Email