De Nadia Boehlen
Le Pakistan, qui n’émet qu’1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, fait pourtant partie des cinq pays les plus durement frappés par la crise climatique. Des inondations dévastatrices et des chaleurs extrêmes y causent des pertes humaines considérables, touchant particulièrement les personnes âgées et les enfants.
L’année 2024 aura été la plus chaude jamais enregistrée, et la première au cours de laquelle la température moyenne mondiale a dépassé de plus de 1,5C depuis l’ère préindustrielle. Les inondations qui ont dévasté l’Asie du Sud et l’Europe, les sécheresses qui ont ravagé l’Afrique australe, les incendies qui ont détruit des pans entiers de la forêt amazonienne et les ouragans qui ont semé le chaos aux États-Unis ont révélé au grand jour le coût humain faramineux du réchauffement climatique.
Le Pakistan est le cinquième pays du monde le plus frappé par des catastrophes climatiques. La hausse des températures y provoque des phénomènes météorologiques toujours plus intenses et imprévisibles. Les enfants et les personnes âgées sont en première ligne de la crise climatique, exposés à des chaleurs extrêmes ou à des inondations qui entraînent un nombre disproportionné de décès et de maladies. Les inondations favorisent notamment la propagation de maladies transmises par l'eau et les moustiques, ainsi que des maladies respiratoires – une menace majeure pour les personnes âgées et les jeunes enfants. Or, le système de santé pakistanais est largement sous-financé et surchargé. L'urgence climatique exerce une pression supplémentaire, que le système ne peut amortir : il ne parvient pas à dispenser les soins adéquats à ceux qui en ont besoin.
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Les canicules éprouvantes de 2022 et 2024 ont inscrit de nouveaux records de température dans une grande partie du pays. Pourtant, les chiffres officiels des décès restent faibles. En effet, au Pakistan, moins de 5 % des décès sont enregistrés et les chiffres officiels des décès dus aux inondations sont invariablement sous-estimés. Les autorités chargées de la gestion des catastrophes ne prennent généralement en compte que les décès par noyade ou électrocution, en omettant les décès ultérieurs dus à des maladies infectieuses. Ainsi, les personnes âgées et les jeunes enfants, qui sont les plus exposés aux maladies après une inondation, n’apparaissent pas dans les statistiques. Quant aux données sur la mortalité pendant les vagues de chaleur, elles sont encore moins fiables. En 2022, lorsque les températures ont atteint 50 C dans de nombreuses régions de la province du Pendjab, qui compte 120 millions d'habitantes, aucun décès lié à la chaleur n'a été officiellement enregistré.
Pourtant, des recherches effectuées par Amnesty International en collaboration avec l'Indus Hospital & Health Network (IHHN), un réseau d’hôpitaux caritatifs qui dispense des soins gratuits au Pakistan, attestent d’une augmentation de la mortalité et des maladies due à des épisodes climatiques extrêmes.
Les vagues de chaleur record de 2022, avec des températures atteignant 50 C, ont entraîné des pluies anormalement intenses. Le fleuve Indus, qui traverse le pays de part en part, est sorti de son lit, inondant une zone de 75'000 km2. D’après les estimations, au moins 33 millions de personnes ont été touchées, dont huit millions de personnes déplacées.
En septembre, l'hôpital Badin de l'IHHN, situé dans le sud de la province du Sind, à l'embouchure de l'Indus, a enregistré un nombre de décès supérieur de 71% à la moyenne mensuelle pour 2022. Les principales causes étaient liées à la santé maternelle et néonatale et aux maladies infectieuses, notamment pour les enfants de moins de cinq ans, et en particulier les nourrissons et les nouveau-nés (les bébés de moins de 28 jours), et les adultes de plus de 50 ans. Selon les recherches conduites par Amnesty International, l'absence de mesures d'évacuation en temps voulu et les conditions de vie inadaptées sont les principaux facteurs ayant contribué à la maladie d'un enfant ou d'une personne âgée.
La responsabilité de ces décès évitables n'incombe pas seulement à Islamabad, mais aussi aux pays qui continuent de brûler, de produire et de fournir des combustibles fossiles en quantités inacceptables. Le cas du Pakistan est emblématique de la nécessité de créer des mécanismes pour que les pays à hauts revenus et à fortes émissions apportent un soutien notamment financier pour aider les pays plus fortement touchés par la crise climatique. Nadia Boehlen
Le même phénomène s'est produit en 2024: une chaleur anormale a provoqué de fortes pluies et des inondations. Plus de 1,5 million de personnes ont été touchées, la plupart avaient déjà été déplacées deux ans auparavant. Et malgré une amélioration du système d’alerte précoce dans certaines régions, les victimes des inondations n'ont souvent été ni évacuées ni relogées, et pratiquement aucune mesure sanitaire préventive n'a été mise en place, favorisant ainsi de nouveau la propagation des maladies.
La responsabilité de ces décès évitables n'incombe pas seulement à Islamabad, mais aussi aux pays qui continuent de brûler, de produire et de fournir des combustibles fossiles en quantités inacceptables. Le cas du Pakistan est emblématique de la nécessité de créer des mécanismes pour que les pays à hauts revenus et à fortes émissions apportent un soutien notamment financier pour aider les pays plus fortement touchés par la crise climatique.
Le changement climatique entraîne une crise des droits humains sans précédent, menaçant les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels des générations actuelles et futures. Dans certains pays comme le Pakistan, ses conséquences sont vécues de plein fouet par des populations qui sont déjà vulnérables, désavantagées et victimes de discrimination. L’inaction des gouvernements face à la crise climatique, qui ignorent les preuves scientifiques, pourrait constituer la plus grave violation intergénérationnelle des droits humains de toute l’histoire.
Les États doivent tout mettre en œuvre pour lutter sans tarder contre la crise climatique. C'est d'ailleurs ce qu'a reconnu la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dans l'affaire « Les aînées pour le climat », où des personnes âgées ont porté plainte contre le gouvernement suisse pour inaction climatique et ont obtenu gain de cause. Cette affaire souligne la responsabilité des États dans la protection des populations vulnérables. Les séniors, tout comme les enfants, sont particulièrement exposés aux phénomènes climatiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur et les inondations, entraînant des décès et des maladies disproportionnés parmi ces groupes.