De Léon IRENGE Munguakonkwa
"En RCA, les droits sexuels et reproductifs sont essentiels pour la dignité humaine, mais fragilisés par des crises sécuritaires et des inégalités structurelles. Malgré la volonté de l’État et les engagements internationaux, les indicateurs restent alarmants : mortalité maternelle élevée, faible accès à la contraception et violences basées sur le genre. Pourtant, des opportunités existent pour inverser cette tendance en intégrant la santé sexuelle et reproductive dans les politiques publiques, les réponses humanitaires et les actions de développement. Cet article analyse les défis, les leviers et les perspectives pour garantir ces droits fondamentaux dans un contexte engagé mais encore fragile."
Trente ans après la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), les droits sexuels et reproductifs (SDSR) restent un pilier incontournable pour la santé publique et l’égalité des sexes. En RCA, la situation est alarmante : la mortalité maternelle dépasse 800 décès pour 100’000 naissances vivantes, tandis que l’accès à la contraception moderne demeure inférieur à 15 % (WHO 2023). Les crises sécuritaires, les déplacements massifs et la pauvreté extrême accentuent ces vulnérabilités, compromettant les engagements liés aux Objectifs de Développement Durable (ODD 3 et 5). À ces défis s’ajoute l’impact du changement climatique, qui accentue la précarité des communautés Aka. Leur mode de vie traditionnel, basé sur la mobilité et la cueillette, les éloigne des structures sanitaires, aggravant les inégalités d’accès aux soins. Une approche inclusive est donc indispensable pour garantir des services équitables, notamment en matière de consultations prénatales et d’accouchements sécurisés.
Au-delà des chiffres, les SDSR sont entravés par des obstacles systémiques : infrastructures sanitaires défaillantes, ruptures d’approvisionnement, pénurie de personnel qualifié et financement insuffisant (IRC 2025). Les normes sociales restrictives et la stigmatisation autour de la contraception ou de l’avortement aggravent la marginalisation des femmes, des adolescentes et des groupes vulnérables, notamment les personnes déplacées et les communautés rurales (Asong Tazinya et al. 2023). Pourtant, des initiatives comme le Plan de Maputo et le programme 2gether4SRHR (UNFPA 2024) offrent des leviers pour intégrer ces droits dans les politiques nationales et les réponses humanitaires.
FAIRMED s’inscrit dans cette dynamique en renforçant les systèmes de santé locaux et en développant des solutions adaptées aux contextes fragiles. Ses interventions, notamment dans la Lobaye et la Sangha-Mbaéré, illustrent comment une approche centrée sur l’équité et la justice sociale peut améliorer l’accès aux SDSR pour les populations marginalisées.
Cet article explore les défis, les opportunités et les perspectives pour garantir ces droits fondamentaux dans un contexte fragile.
Les obstacles à la réalisation des droits sexuels et reproductifs en RCA sont multiples et interconnectés. Les infrastructures sanitaires sont largement insuffisantes : formations sous-équipées, ruptures fréquentes de médicaments essentiels et absence de services spécialisés. La pénurie de personnel qualifié, aggravée par la fuite des compétences vers des zones plus stables, compromet la qualité des soins (IRC 2025). À cela s’ajoute un financement public dérisoire, rendant les services SDSR dépendants des bailleurs internationaux.
Les normes sociales restrictives constituent un frein majeur. Les mariages précoces et les grossesses non désirées restent fréquents, tandis que la stigmatisation autour de la contraception et de l’avortement persiste (Asong Tazinya et al. 2023). Ces pratiques sont renforcées par des croyances culturelles et religieuses qui valorisent la maternité précoce, au détriment de la santé et de l’éducation des jeunes filles.
Enfin, les violences basées sur le genre et les déplacements forcés exacerbent la vulnérabilité des femmes. Les crises sécuritaires entraînent des violations massives des droits humains. Parmi elles, les violences sexuelles sont souvent utilisées comme arme de guerre. L’absence de services adaptés pour les survivantes et la faible coordination des acteurs humanitaires compromettent gravement la réalisation des SDSR en RCA (WHO 2023).
En réduisant les inégalités d’accès aux services SDSR, la RCA peut progresser vers une société plus équitable et résiliente (Cordaid 2025)" Léon Irenge Munguakonkwa
FAIRMED contribue activement à ces leviers via des projets tels que Seni na siriri dans la lobaye, Sedouti Maingo dans la Sangha-Mbaéré, etc, offrant des formations, des accouchements sécurisés et des transports d’urgence pour plus de 94 000 personnes. Depuis 2013, FAIRMED soutient également l’aide médicale d’urgence à Bimbo et M’baïki en partenariat avec d’autres partenaires, renforçant la résilience des systèmes de santé locaux.
Malgré un contexte fragile, des dynamiques positives émergent pour renforcer les droits sexuels et reproductifs en RCA. L’intégration des SDSR dans les plans humanitaires et les politiques nationales devient une priorité. Cette dynamique est soutenue par des cadres comme le Plan de Maputo et le programme 2gether4SRHR (UNFPA 2024). Ces initiatives favorisent une approche multisectorielle qui relie santé, droits humains et développement, tout en renforçant la coordination entre acteurs publics et privés.
Les innovations technologiques constituent un autre levier. La digitalisation des systèmes de suivi, la mise en place de plateformes d’information et le déploiement de cliniques mobiles permettent d’atteindre les zones enclavées et d’améliorer la qualité des données (Cordaid 2025). Ces outils renforcent la planification, la redevabilité et réduisent les coûts opérationnels, tout en facilitant la continuité des services en période de crise.
Enfin, l’engagement communautaire reste essentiel. L’implication des leaders locaux, des organisations de femmes et des jeunes favorise l’acceptabilité des services SDSR. Les campagnes de sensibilisation et les dialogues intercommunautaires jouent un rôle clé. La formation des relais communautaires contribue également à transformer les normes sociales et à promouvoir une culture de droits et d’égalité. (ICRW 2024). Cette approche se traduit concrètement par le projet Seni na Siriri, dont les campagnes ont renforcé la confiance des communautés et accru la demande de soins prénatals et obstétricaux, notamment chez les femmes historiquement exclues dans la Lobaye.
Garantir les droits sexuels et reproductifs ne se limite pas à la santé : c’est un levier puissant pour l’égalité des sexes et la justice sociale. L’accès à la contraception et aux soins obstétricaux sécurisés réduit les grossesses précoces et la mortalité maternelle, tout en renforçant la résilience des familles (WHO, UNFPA, UNICEF 2024).
Ces interventions brisent le cycle de pauvreté et améliorent la qualité de vie. Au troisième trimestre 2025, le projet Seni na Siriri a levé les barrières financières grâce aux tickets de santé pour les femmes Aka. 652 femmes ont bénéficié de consultations prénatales, dont 448 ont accouché avec assistance qualifiée, y compris 125 femmes historiquement exclues.
L’autonomisation des femmes et des adolescentes est au cœur de cette transformation. Leur permettre de décider librement de leur santé reproductive favorise leur participation économique et sociale. Cette autonomie est indispensable pour atteindre les ODD et prévenir les violences basées sur le genre (UNFPA 2024).
Enfin, la justice sociale exige une approche inclusive qui intègre les groupes marginalisés : personnes vivant avec un handicap, communautés rurales et déplacés internes. En réduisant les inégalités d’accès aux services SDSR, la RCA peut progresser vers une société plus équitable et résiliente (Cordaid 2025). Les résultats du projet Seni na Siriri illustrent cette approche inclusive. Au-delà des chiffres, ces interventions ont renforcé la confiance des femmes Aka dans le système de santé et favorisé leur participation aux décisions concernant leur santé reproductive. Cette dynamique montre que l’autonomisation ne se limite pas à l’accès aux soins, mais s’étend à la transformation des normes sociales et à la réduction des inégalités.
Les droits sexuels et reproductifs en RCA se trouvent à un tournant : fragilisés par les crises, mais porteurs d’opportunités pour transformer les systèmes de santé et promouvoir la justice sociale. Pour avancer, il est indispensable de renforcer les données nationales, d’intégrer les SDSR dans les plans de santé et de mobiliser des financements durables. Une approche inclusive et multisectorielle, qui associe santé, droits humains et développement, est la clé pour garantir ces droits fondamentaux.
Cette transformation exige un engagement collectif : autorités nationales, partenaires techniques et financiers, organisations communautaires et société civile. En plaçant la dignité humaine et l’équité au centre des politiques, la RCA peut faire des SDSR un pilier de stabilité et de développement durable. Le moment d’agir est maintenant.
Nous invitons les acteurs locaux et internationaux à renforcer la coordination pour faire des SDSR un pilier de stabilité en RCA.